CARNETS D’en provence

histoire et histoires DE MARSEILLE ET DE SA RÉGION


Par François Herbaux

 

Elle fleurit au printemps à l'ombre des villages. Son suc orangé possède de réelles vertus (1) thérapeutiques. La chélidoine ainsi que de nombreuses plantes sauvages aux noms oubliés poussent aujourd'hui dans le jardin médiéval du prieuré de Salagon. Certes, avec un peu de patience, le promeneur herboriste aura le loisir de la découvrir ici ou là, au pied des murs de vieilles pierres de notre beau pays, comme il pourra retrouver, sur les pentes de la montagne de Lure toute proche, nombre d'espèces composant jadis la pharmacopée de l'ancienne médecine rurale traditionnelle.


Mais ici, bordant le bâtiment du prieuré, le jardin médiéval regroupe plus de six cents essences végétales. Il a été recomposé afin d'offrir aux regards du public, les plantes telles que les cultivaient les moines du Moyen-Age.


Le ciel le plus clair de France


Par son cadre, par son histoire deux fois millénaire, par le dynamisme culturel qui s'en dégage aujourd'hui, le site de Salagon, à Mane, symbolise parfaitement la richesse touristique du pays de Forcalquier, une région que ses promoteurs qualifient volontiers de "coeur de la Provence". Ici est installé le musée ethnologique de Haute-Provence. Incontournable, le prieuré de Salagon avoisine la Via Domitia. Venu d'Espagne, ce chemin menait bien évidemment à Rome. Un modeste bloc de pierre, la borne de Tavernoure, en témoigne encore. Sans doute a-t-elle côtoyé la villa gallo-romaine dont on a retrouvé les vestiges sous le prieuré.

Salagon ne connut en effet sa vocation monastique qu'avec les Bénédictins, au XIIIe siècle.

Le pays de Forcalquier nous offre la douceur d'un relief apaisant en même temps que la vigueur d'une nature chatoyante. Il nous fait don, par-dessus ses étendues aux couleurs saturées, de son immense surface d'azur. Ici, il y a plus d’une cinquantaine d'années, sur les hauteurs de Saint-Michel, le célèbre observatoire astronomique de Haute-Provence s'est bâti sous le ciel le plus pur de France.

A deux pas de Salagon, toujours à Mane, le château de Sauvan, construit de 1721 à 1728, accueille le visiteur pour une rêverie historique dans son décor du XVIIIe siècle. Au coeur du bourg nous attendent l'église Saint-André, la chapelle des Pénitents et l'Hôtel Miravail. Les remparts de la citadelle présentent, pour leur part, de bien agréables points de vue sur le pays.

Nous voici aux portes de Forcalquier. L'ancienne capitale féodale de la Haute-Provence rassemble aujourd'hui dans son musée des collections d'objets historiques dont certains proviennent du passé le plus lointain. En effet, les hommes se sont installés très tôt sous la protection de Lure, ainsi qu'en témoignent les silex taillés retrouvés dans la vallée du Largue dont l'âge est estimé à trois cent mille ans. Leurs auteurs étaient les ancêtres de l'homme... de Néandertal !

Osera-t-on, dès lors, évoquer le grand âge des édifices de Forcalquier : la cathédrale (XIIe siècle) et ses orgues du XVIIe, le couvent des Cordeliers (XIIIe siècle), celui des Visitandines, la fontaine Saint-Michel ou l'église Saint-Jean (XVe siècle) ?


Lure, le géant discret


Village perché, balcon sur la Durance et, au-delà, sur le plateau de Valensole et les montagnes dominant la vallée de l'Asse, Lurs offre en un seul lieu quelques-unes des images les plus marquantes que l'on peut conserver du pays.

Un pont romain nous fait franchir le ravin du Buès, sur la route de Ganagobie. Dominant la Durance, le prieuré fondé au Xe siècle demeure un lieu de recueillement. Ses parties les plus anciennes datent du XIIe siècle et sa forêt domaniale s'étend jusqu'au flanc sud de la montagne de Lure.

Au sommet de ce massif (1 826 m), les Alpes de Provence portent bien leur nom. Pendant Est du mont Ventoux qui ne la domine que de quelques mètres, la montagne de Lure prête son flanc nord aux frimas et constitue ainsi une puissante barrière climatique. Géant discret, Lure veille sur son beau pays. Côté sud,  à 700 m, le paisible bourg de Saint-Etienne-Les-Orgues se présente comme un lieu de séjour particulièrement agréable.

À peine à l'écart de la route du col qui serpente sur le flanc sud avant de piquer, au nord, vers la vallée du Jabron et, au-delà, vers Sisteron, l'abbaye de Lure, fondée au XIIe siècle, a trouvé refuge vers 1200 m. Aujourd'hui encore, elle demeure un site naturel privilégié.

Nous voici au pied du massif, au pays du Regain, des fruits de Provence, du miel et de la charcuterie de montagne. 

De chapelle isolée en hameau fantôme comme tout droit surgi d’un roman de Giono, les routes sinueuses nous mènent enfin sur la départementale 12. Celle-ci longe le plateau d'Albion et nous conduit à Banon.

De ses remparts, le village fortifié, réputé pour sa tome de chèvre, offre un panorama sur le centre du "pays".

Plus au sud, s'élèvent déjà les contreforts du Luberon et leurs villages historiques : Simiane-la-Rotonde, Vachères, Revest-des-Brousses, Reillanne ou encore Oppedette qui ouvre la voie, à travers les célèbres gorges du Calavon, vers Céreste et le Luberon... Mais voilà matière à d'autres découvertes car, limité à l'est par la Durance, au nord par la montagne de Lure et à l'ouest par le plateau d'Albion, ici s'arrête le pays de Forcalquier.


François HERBAUX



(1) Elle soigne les verrues.

 

Forcalquier en son pays

La montagne de Lure. (Photo FH)