CARNETS D’en provence

histoire et histoires DE MARSEILLE ET DE SA RÉGION


Par François Herbaux

 

Nul besoin de chiffres, dira-t-on. Le spectacle parle de lui-même. Happé par la profondeur des gorges du Verdon, notre regard suffit. Nous nous trouvons bien en présence d’un phénomène géologique hors du commun. Et pourtant ! afin de tenter de comprendre l’ampleur de ce qui s’est produit à cet endroit, les géographes font appel à des relevés, des mesures, des schémas. Le vocabulaire importe également. Ils distinguent une simple vallée d’une gorge, et une gorge d’un canyon. Dans ce dernier cas, la mesure de profondeur est du même ordre que celle de la largeur, ce qui finalement s’avère assez exceptionnel. Dans le Verdon, le Grand Canyon, long de 21 km, mesure d’une berge à l’autre, selon les endroits, de 200 à 1500 m tandis que sa profondeur varie de 250 à 700 m. Reste sa quatrième dimension, le temps, clé de son histoire.

A bien des égards, la « fabrication » des gorges du Verdon demeure énigmatique. Impossible, par exemple, de connaître précisément la date de naissance de la rivière. Ce qu’on peut dire, c’est qu’entre 14 et 12 millions d’années, le Verdon n’apparaissait pas dans le paysage. Inutile, donc, pour reconstituer sa genèse, de remonter aux temps des dinosaures qui ont vécu il y a 160 millions d’années sur les terrains jurassiques dans lesquels s’est façonné le Grand Canyon. Tout juste peut-on reconnaître une corrélation évidente entre la nature du sol et le creusement des gorges.

Cette roche, c’est du calcaire, un matériau très dur mais qui se laisse facilement entailler sous l’action des eaux torrentielles. Dans un tel contexte géologique, l’érosion produit naturellement ces parois, ces corniches, ces escarpements, bref un paysage karstique des plus spectaculaires. Dans le Verdon, le résultat est éloquent. Le phénomène a engendré de vertigineuses entailles verticales et une vallée extrêmement resserrée.

Des millions et des millions d’années se sont donc écoulés sur ces terrains avant que n’apparaisse la rivière. Commença alors le vrai travail de sape. Est-il besoin d’imaginer des catastrophes épouvantables pour expliquer la formation des gorges ? Non. Le temps a fait son œuvre, tout simplement… pendant très longtemps.

Ou bien un canyon se creuse parce que la montagne se soulève. Ou bien il se creuse parce que le niveau de base s’abaisse. Dans le cas du Verdon, les deux phénomènes ont joué, et à des dates différentes.

Le niveau évoqué, c’est celui de la mer. Plus il est bas, plus la rivière creuse, obstinément. Enfin, tandis que le massif alpin se soulevait, le Verdon, opportuniste, a exploité des failles existantes de la montagne, brisée par endroits, notamment pendant les périodes de refroidissement climatique.

Tous ces phénomènes ont donc convergé sur ce terrain propice, peut-être à partir de 10 millions d’années, pour aider la petite rivière a sculpter le chef-d’œuvre qui s’offre aujourd’hui à notre regard, dans toute sa démesure.


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Les gorges du Verdon

racontées par la science

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